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« Une assurance vie, ça coûte cher, il faut vraiment que ce soit une nécessité », affirme Sylvain B. Tremblay, vice-président chez Optimum Gestion de placements.
Un couple de sexagénaires se demande s’il doit prendre une assurance vie pour faire en sorte que leurs enfants payent moins d’impôt à leur décès.
Paul* et Lucie*, deux retraités de 63 et 60 ans, aiment profondément leurs enfants et souhaitent quitter ce monde en leur laissant un héritage. Ils nous écrivent parce qu’on vient de leur proposer de souscrire à une assurance vie qui exaucerait ce souhait.
« Nous hésitons beaucoup considérant notre âge et le coût élevé de l’assurance, écrivent-ils. Nous devrons puiser dans des sommes imposables pour payer ladite assurance. »
Évidemment, personne ne connaît l’avenir, notamment une donnée importante, le jour du trépas. Paul et Lucie s’inquiètent des risques de manquer de fonds si l’un d’eux tombe malade ou s’ils doivent déménager dans une résidence privée pour aînés (RPA).
Actuellement, leur coût de vie annuel net s’élève à 50 000 $.
Si Lucie n’a pas de régime de retraite, Paul, quant à lui, reçoit une rente de 90 000 $ par année qui est transférable à 60 % au conjoint lors du décès.
« Est-ce que la stratégie de prendre une assurance vie est bonne pour nous ? », se questionne le couple.
Régime de retraite : aucun
REER : 675 000 $
CELI : 75 000 $
Assurance vie : 80 000 $
Régime de retraite : 90 000 $ par année indexé
REER : 135 000 $
CELI : 15 000 $
Assurance vie : 300 000 $
Maison : 400 000 $
Auto : 45 000 $
Aucune dette
Tout d’abord, la fameuse facture fiscale dont s’inquiète le couple de retraités arrivera au décès du deuxième conjoint, précise d’emblée Sylvain B. Tremblay, vice-président chez Optimum Gestion de placements.
Lorsque le premier membre d’un couple marié meurt, les placements enregistrés sont transférés à son amoureux survivant sans passer par l’impôt. Or, quand le dernier conjoint meurt, c’est comme s’il encaissait ses REER ou ses FERR le jour de sa mort.
Cependant, contrairement à une certaine croyance populaire, ce ne sont pas les héritiers qui payent l’impôt avec leur propre argent. C’est le défunt. À moins que la succession soit déficitaire et que les héritiers l’aient acceptée.
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
Sylvain B. Tremblay, vice-président chez Optimum Gestion de placements
« Les deux retraités ont actuellement 810 000 $ en REER qui deviendront à 71 ans des FERR. Dans 10 ans, s’ils ont eu des rendements de 3 %, ils auront 1 million de dollars. Avec des rendements de 5 %, les FERR grimperont à 1,3 million de dollars », calcule Sylvain B. Tremblay.
Si le couple mourait subitement demain, la facture fiscale s’élèverait à environ 400 000 $. Dans 10 ans, elle passera à environ 500 000 $ ou 650 000 $ selon les rendements obtenus. Mais si le dernier parent meurt à 90 ans, la facture aura chuté à 189 000 $ ou 245 000 $.
Parce que les FERR ne grimperont pas éternellement, rappelle l’expert. À 71 ans, il faut obligatoirement en retirer une somme chaque année. À 90 ans, il en restera de 378 000 $ à 491 000 $, toujours selon les rendements.
Oui, être en mesure de prédire l’avenir serait beaucoup plus simple pour répondre à la question initiale…
À partir de 71 ans, le couple devra encaisser un peu plus de 5 % par année du FERR, soit de 53 000 $ à 68 000 $ en fonction de la valeur du portefeuille. À ce montant s’ajoute le revenu de pension de Paul de 90 000 $, plus la pension de la Sécurité de la vieillesse et la rente de la Régie des rentes du Québec. Le revenu familial atteindra donc plus de 150 000 $.
Avec un coût de vie de 50 000 $ net par année, selon leur estimation, les retraités peuvent dormir l’esprit tranquille pour ce qui est de se payer des soins ou un loyer dans une résidence privée pour aînés. « Ils ont même les moyens d’économiser 10 000 $ par année », soutient Sylvain B. Tremblay.
Le but de l’assurance vie est de couvrir une facture fiscale estimée à 500 000 $.
Dans l’éventualité où Lucie voudrait s’assurer que cette somme soit payée par une assurance vie, combien devra-t-elle débourser par mois ? Une simple soumission en ligne permet d’avoir une idée du montant pour une personne âgée de 60 ans et non fumeuse.
La protection à vie lui coûterait 750 $ par mois, soit 9000 $ par année. Si elle meurt après son conjoint à 90 ans, elle aura payé pour son assurance 270 000 $. Mais elle pourrait aussi mourir plus jeune et l’avoir payée moins cher…
Lucie a également l’option de choisir le paiement de la prime en 10 ans. Elle débourserait alors 2100 $ par mois pour un total de 235 000 $. Et tant qu’à y être, un paiement en huit ans ? Moins cher au bout du compte, soit 227 000 $.
Cependant, le couple ne pourrait pas se payer cette assurance vie en si peu de temps sans toucher à son REER.
« Une assurance vie, ça coûte cher, il faut vraiment que ce soit une nécessité », insiste Sylvain B. Tremblay.
« Un cas où l’assurance vie est importante, voire nécessaire, c’est quand les biens ne sont pas liquides, explique-t-il. Pensez à ceux qui se construisent un parc immobilier en finançant les immeubles à 80 %. Lors du décès, si les défunts ne sont pas assurés, la succession doit payer l’impôt sur le gain en capital calculé à la date du décès. Si la valeur d’un immeuble a grimpé de 100 000 $, la succession devra probablement le vendre pour payer la facture. »
« Dans le cas qui nous occupe, tout est liquide. Le couple ne met personne dans l’embarras », souligne-t-il.
Paul et Lucie ont déjà un montant total d’assurance vie de 380 000 $ non imposable, qui sera versé à la succession avec les CELI. Le total couvre amplement l’impôt à payer.
Sylvain B. Tremblay rappelle également que le couple a déjà épargné de l’impôt en prenant des REER.
« Quand on souscrit à une assurance vie, il y a une forte composante émotive, soulève-t-il. On n’est pas dans la logique ici. »
« Si le couple veut absolument laisser plus d’argent aux enfants, il pourrait choisir d’économiser 10 000 $ par année et de faire fructifier l’argent à l’abri de l’impôt dans un CELI. » Avec un rendement de 3 %, ils auront accumulé 288 000 $ dans 20 ans, quand Lucie aura 80 ans.
« Le couple pourrait aussi suggérer à ses enfants de prendre une assurance vie pour eux, le père et la mère, et bénéficier de la prime à leur décès. »
*Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.
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