D'origine polonaise, il a passé toute sa carrière chez Société Générale, et notamment dans les activités de marchés. Son profil tranche avec celui des autres patrons de banques françaises.
Par Romain Gueugneau, Thibaut Madelin, François Vidal, Anne Drif, Alexandre Counis
C'est une forme de consécration pour celui qui a voué toute sa carrière à la Société Générale. Slawomir Krupa a été nommé directeur général de la banque à l'issue du conseil d'administration qui s'est tenu début octobre 2022. Ce banquier de 48 ans a ainsi gravi la dernière marche, après avoir passé plus d'un quart de siècle dans le groupe, dont une parenthèse de deux ans à la fin des années 1990, lorsqu'il partit créer une start-up en pleine bulle Internet.
D'origine polonaise, mais naturalisé Français (il a la double nationalité), Slawomir Krupa, diplômé de Sciences Po Paris, est un pur produit de la banque de la Défense. Entré en 1996 par la prestigieuse voie de l'Inspection générale, il intégra la division de banque de financement et d'investissement (BFI) en 2007, pour ne plus jamais la quitter.
Slawomir Krupa fut successivement responsable des activités de BFI en Europe de l'Est, au Moyen-Orient et en Afrique, directeur adjoint des activités de financement, puis patron de la BFI aux Etats-Unis, un poste hautement stratégique.
C'est lui qui dut notamment négocier avec la justice américaine sur le dossier des soupçons de corruption avec le fonds souverain libyen et de la manipulation des taux interbancaires (Libor). Un accord avait été finalement trouvé pour solder les litiges, avec un chèque de 2,6 milliards de dollars à la clé. Surtout, la banque française a su restaurer à cette époque une relation de confiance avec la Réserve fédérale.
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« Sa mission aux Etats-Unis n'avait rien d'évident, témoigne un ex-banquier du groupe à New York. A son arrivée, il a su faire le ménage en interne et renouer une relation de confiance avec le régulateur américain. » « C'est un homme d'expérience, un bourreau de travail, qui a su prouver qu'il savait gérer les crises », commente un ancien dirigeant du groupe. « Quand on lui confie une tâche, il sait se donner les moyens de la faire correctement. Et c'est un redoutable joueur d'échecs : il sait à la fois se projeter dans la stratégie et se concentrer sur la tactique », dit l'un de ses anciens managers. « Il a la confiance du système », résume un grand banquier d'une maison concurrente.
Outre le sujet américain, Slawomir Krupa était également aux premières loges lors de l'affaire Kerviel, durant laquelle il a dû gérer, avec les équipes de Jean-Pierre Mustier, le patron de la BFI dont il était directeur de cabinet, le débouclage des positions prises par le trader. Il était aussi en première ligne lorsqu'il a fallu gérer la crise des dettes souveraines, en 2011 et 2012, et renforcer les positions d'une Société Générale alors fragilisée.
L'homme à la carrure massive, qui résidait encore à New York il y a quelques mois avec sa famille, n'est pas réputé pour être tendre avec ses équipes, confient plusieurs sources. Ses éclats de voix sont bien connus dans les salles de marchés de la banque, notamment à New York où il a fait le ménage. Ceux qui en ont fait les frais gardent le souvenir d'un homme parfois brutal. D'autres soulignent surtout son leadership.
« Il fait preuve d'un fort esprit d'innovation et d'une grande capacité à mobiliser les équipes, il a tous les atouts pour fédérer les énergies de la banque », dit de lui Lorenzo Bini Smaghi, le président du conseil d'administration.
« Il est très exigeant sur la qualité du travail rendu. Il peut être dur face à la médiocrité, tranchant et même cassant », commente l'un d'entre eux, qui reconnaît que le style managérial de l'entreprise pourrait changer. « Il va peut-être devoir mettre de l'eau dans son vin. C'est quelqu'un de brillant », nuance un spécialiste des marchés. « Il a déjà beaucoup progressé là-dessus et appris à être moins sanguin », raconte quelqu'un qui a travaillé étroitement avec lui.
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A la tête de la BFI du groupe depuis le 1er janvier 2021, Slawomir Krupa a opéré quelques mois à peine après son arrivée le rééquilibrage des activités au sein de la division , avec un repositionnement progressif vers les métiers de financement et de conseil au détriment de certaines activités de marchés. Objectif : réduire les risques après l'annus horribilis vécu par Société Générale en 2020, où les pertes sur les marchés avaient fait plonger les comptes dans le rouge.
Un vrai changement de pied dans l'histoire de la banque, qui a longtemps été réputée pour son ingéniosité financière et ses succès sur les marchés. Mais la stratégie porte pour l'instant ses fruits. La BFI s'est en effet bien redressée. A l'instar des autres banques, elle a enregistré des résultats record l'an dernier, et continue de bien performer depuis le début de l'année 2022, même si l'activité risque de sérieusement ralentir avec la récession qui se profile.
S'il a su faire ses preuves au sein de la banque, Slawomir Krupa a un profil qui tranche néanmoins avec le reste des grands banquiers de la place. Il n'a pas fait l'ENA, HEC ou Polytechnique. Il n'est pas non plus passé dans les cabinets ministériels, contrairement à Frédéric Oudéa, Jean-Laurent Bonnafé, le patron de BNP Paribas, Nicolas Théry, le président du Crédit Mutuel, ou encore Sébastien Proto, son rival en interne pour le poste.
Beaucoup d'observateurs y voyaient justement une lacune dans sa candidature, alors que les grandes banques françaises sont encore considérées comme des animaux à part. « Ce n'est pas le candidat du microcosme parisien », reconnaît un de ses soutiens. « Il ne ressemble pas au banquier français classique, estime un financier. Il n'a pas les codes, mais il saura piloter l'avion. »
C'est aussi la conviction du conseil d'administration. Pour Société Générale, comme pour le secteur bancaire français, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre.
Romain Gueugneau, avec A.C., A.D., T.M. et F.V.
Tous droits réservés – Les Echos 2022

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TL;DR : D'origine polonaise, il a passé toute sa carrière chez Société Générale, et notamment dans les activités de marchés. Son profil tranche avec celui des autres patrons de banqu…

Points clés

  • D'origine polonaise, il a passé toute sa carrière chez Société Générale, et notamment dans les activités de marchés.
  • Son profil tranche avec celui des autres patrons de banques françaises.
  • Par Romain Gueugneau, Thibaut Madelin, François Vidal, Anne Drif, Alexandre CounisC'est une forme de consécration pour celui qui a voué…
  • Slawomir Krupa a été nommé directeur général de la banque à l'issue du conseil d'administration qui s'est tenu début octobre…
  • Ce banquier de 48 ans a ainsi gravi la dernière marche, après avoir passé plus d'un quart de siècle dans le groupe, dont une parenthèse…

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