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La remontée des taux d’intérêt est un sujet d’attention mais pas un motif d’inquiétudes pour le fonds en euros de l’assurance-vie. C’est le message rassurant désormais martelé par les professionnels et les autorités de supervision.
« La hausse progressive des taux correspond à la normalisation d’une situation qui était problématique, celle d’une baisse continue des taux pendant des années pour atteindre même des niveaux négatifs. Aujourd’hui, la remontée des taux va permettre une relution des portefeuilles, c’est-à-dire une amélioration du rendement, qui est en soi une bonne nouvelle pour les assurés, même si nous restons très attentifs sur le rythme de la remontée des taux », a rappelé Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs, lors de la publication des chiffres de l’assurance-vie pour le mois de mai qui confirme « la poursuite de la dynamique positive » pour le support d’épargne préféré des Français.
Le fonds en euros de l’assurance-vie, dont le capital est garanti, est essentiellement investi en obligations. Son rendement, le taux servi, a naturellement fondu avec la baisse des taux, pour atteindre, en moyenne, 1,3% en 2021. Ce qui a permis aux assureurs-vie de réorienter la collecte vers les unités de compte (UC), investis dans des actifs plus diversifiés (actions) mais dont le capital n’est pas garanti. Les UC représentent désormais 40% de la collecte brute en assurance-vie.
Le portefeuille du fonds en euros tourne cependant assez vite : chaque année, les assureurs réinvestissent environ 20% de leurs obligations qui arrivent à échéance, même si les situations peuvent être très différentes d’un assureur à l’autre, en fonction de leur gestion financière. Une montée progressive des taux leur permet donc de reconstituer leur actif général avec un rendement supérieur aux années précédentes. Mais, une hausse trop rapide des taux rend plus délicate cette période de transition, avec le risque de devoir externaliser des moins-values latentes en cas de rachats massifs de la part des assurés.
Ce scénario extrême est pour l’instant écarté : non seulement les taux longs semblent désormais plafonner (ils ont sensiblement baissé ces derniers jours) face aux anticipations de récession mais les assureurs ne constatent aucune accélération de la décollecte sur le fonds en euros, au contraire. A la fin mai, la décollecte nette sur le fonds en euros atteint 4,6 milliards d’euros, contre 6 milliards sur les cinq premiers mois de 2021. Même un Livret A à 2% ne serait pas de nature à remettre en cause la dynamique de l’assurance-vie, selon France Assureurs. Peut être juste un effort sur le taux servi sur le fonds en euros au titre de 2022.
Dans nos colonnes, Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site Good Value for Money, et expert reconnu de l’assurance, se montre cependant inquiet. « Le niveau de l’OAT à 10 ans fait rentrer l’assurance-vie et plus spécifiquement les fonds en euros en zone de vigilance. A ce jour, les voyants ne sont pas (encore) rouges ; ils sont orange clignotant », écrit-il en proposant même une solution de cantonnement pour le fonds en euros pour éviter un décalage trop important entre le rendement du fonds en euros et le rendement du marché. Face à la poursuite d’une remontée rapide des taux, « le crime serait de ne rien faire », ajoute l’expert.
Cette vision n’est partagée ni par les assureurs, ni par les régulateurs. « Ces propositions me semblent contre productives car elles génèrent de l’inquiétude là où les épargnants peuvent être rassurés », réagit Franck Le Vallois. Ce dernier rappelle au passage la solidité du secteur.
« La marge de solvabilité des assureurs-vie est deux fois et demi supérieure au minimum réglementaire requis et les assureurs disposent de plusieurs leviers pour absorber les chocs de taux, comme la réserve de capitalisation et la provision pour participation aux bénéfices (PPB, soit en moyenne 5% des encours en 2021) qui permet de lisser les taux servis », explique le dirigeant de l’association professionnelle. Mais, une fois encore, les situations peuvent grandement diverger d’un assureur à l’autre, certains notamment ont davantage privilégié la PPB que d’autres ces dernières années.
Lundi dernier, à l’issue d’une réunion du Haut Conseil de Stabilité financière (HCSF), dont la mission est de prévenir le risque systématique, un de ses membres expliquait que « à ce stade, la remontée des taux, compte du niveau de solvabilité des assureurs et des mouvements d’allocation d’actifs que nous observons, ne suscite pas d’inquiétudes à l’échelle du marché ». Un point de vue d’ailleurs officiellement confirmé, jeudi, par la Banque de France lors de la publication de son rapport annuel sur l’évaluation des risques.
Mais, reconnaît la Banque de France dans son rapport, si les taux devraient continuer de monter brusquement, «les assureurs auraient des difficultés à suivre cette hausse et offrir aux clients des rendements orientés à la hausse dans la même proportion en raison de l’inertie de leur portefeuille ». Pas de miracle donc à attendre sur les fonds en euros en 2022, voire même en 2023.
Le danger alors serait de voir s’installer une concurrence sur l’épargne avec des nouveaux acteurs, comme ce fût le cas dans les années 2000 avec les « super livrets » qui ont, à l’époque, incontestablement rogné la collecte de l’assurance-vie. Sans pour autant provoquer de rachats massifs. L’assurance-vie reste un paquebot difficile à manœuvrer, mais aussi à déstabiliser. C’est même sa principale force.

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  • Partager :La remontée des taux d’intérêt est un sujet d’attention mais pas un motif d’inquiétud…
  •  C’est le message rassurant désormais martelé par les professionnels et les autorités de supervision.
  • « La hausse progressive des taux correspond à la normalisation d’une situation qui était problématique…
  • Aujourd’hui, la remontée des taux va permettre une relution des portefeuilles, c’est-à-dire une amélioratio…
  • Le fonds en euros de l’assurance-vie, dont le capital est garanti, est essentiellement investi en obligations.